LES DÉFIS PASTORAUX DE LA FAMILLE DANS LE CONTEXTE DE L’ÉVANGÉLISATION


Kiliziya 23/10/2017

Très Saint Père,
Révérends Pères synodaux,
Au nom de mes collègues de la Conférence Episcopale du Rwan da, j’ai le plaisir de vous donner notre contribution à ce synode extraordinaire sur "les défis de la famille dans le contexte de l’Évangélisation".
L’Eglise Catholique au Rwanda, à la lumière de l’Evangile et des enseignements du Magistère, surtout dans les Exhortations Apostoliques Postsynodales « Ecclesia in Africa » du Pape Jean Paul II, et « Africae Munus » du Pape Benoà®t XVI, a fait de la famille la priorité pastorale.

Cela pour aller toujours en profondeur de l’Evangélisation que nous avons hérité des missionnaires.
Pour bien situer l’importance de ce choix prioritaire de la famille et ses défis, il est nécessaire de comprendre aussi le contexte particulier du Rwanda dans ces derniers temps. C’est le pays, le bon pays, qui a connu hélas la tragédie du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, la guerre et l’exode massive des refugiés qui a atteint le chiffre record de trois million des refugiés à moins de trois mois.
L’Eglise Catholique de l’après 1994 au Rwanda c’est tout de suite mise à la tâche avec le concours des autres Eglises sœurs à œuvrer, à parler et agir pour la paix, l’unité et la réconciliation. Ces expressions de paix et de réconciliation au Rwanda de l’après 1994 avaient un autre son, c’était le son de l’espérance, mais encore au lointain. Tout était à reconstruire moralement et matériellement. C’est pourquoi la pastorale familiale était incontournable. Et nous rendons grâce à Dieu, le Peuple rwandais est un peuple blessé, mais un peuple chrétien, toutes les confessions chrétiennes y comprises nous sommes à 90 % de la population; ceci a permis, malgré tout, d’affronter les défis que la tragédie du génocide avait lancé à tout un travail des cent ans d’Evangélisation du Peuple rwandais. La reconstruction de la famille, dans le processus d’unité et réconciliation, avec l’encadrement des veuves et des orphelins a bien mérité et mérite encore notre attention. Nous voudrions que la famille devienne davantage ce que le Saint Père, le Pape Benoà®t XVI disait : « le sanctuaire de la vie et une cellule vitale de la société et de l’Eglise. C’est en elle que se modèle de manière primordiale le visage d’un peuple; c’est là que ses membres reçoivent les acquis fondamentaux, ils apprennent à aimer en étant aimés gratuitement; ils apprennent le respect de tout autre personne en étant respectés; ils apprennent à connaitre le visage de Dieu en recevant la première révélation d’un père et d’une mère pleins d’attention. Chaque fois que ses expériences fondatrices font défaut c’est l’ensemble de la société qui en souffre violence et qui engendre à son tour de multiples violences » (A. M. n° 42). C’est cela qui avait fait terriblement défaut dans le lapse de temps de la tragédie rwandaise qui a été brève, mais forte et dure, exactement 90 jours (3 mois). Le processus de rétablissement est long, par la grâce de Dieu, le résultat atteint est concret et fructueux. Le rwandais a retrouvé maintenant son sourire et les enfants se promènent nombreux et joyeux dans la rue.
La priorité pastorale pour la famille s’est focalisée de façon concrète dans la fête de la « Sainte Famille de Nazareth », premier dimanche après Noà«l. Cette fête, dans l’ambiance de Noà«l, a été choisie comme haut lieu de la rencontre annuelle pour réfléchir, prier et célébrer la famille dans la reconstruction d’un Peuple, d’une Eglise et d’une famille. Nos différentes communautés chrétiennes ont compris le sens de cette célébration annuelle et beaucoup de familles y retrouvent leur harmonie et d’autres renforcent leur lien matrimonial. La fête de la Sainte Famille est précédée par une neuvaine de prière avec un message de la Commission Episcopale pour la famille, cela n’en piète en rien sur la fête de Noà«l, au contraire l’Enfant de Bethlehem parle beaucoup aux enfants au cœur de la famille. C’est le beau moment de célébrer religieusement les jubilés de 50 ans et de 25 ans ou les anniversaires de mariage. Malgré les défis du monde moderne sur la famille et la tragédie du génocide et de la guerre la famille chrétienne au Rwanda est en honneur, grâce à cette concrétisation pastorale dans la célébration annuelle de la Sainte Famille de Nazareth, inspiration et modèle de famille chrétienne.
La préparation des fiancés à la célébration de leur union matrimoniale prend une place de choix dans la pastorale paroissiale. Un programme de formation qui dure de trois à six mois en raison d’une séance par semaine o๠les futurs époux reçoivent un ensemble de cours relatifs au sacrement du mariage et à la mission de la famille dans la vie de l’Eglise et l’éducation adéquate des enfants dans un monde en mutation rapide. Ces instructions sont suivies et appréciées par les futurs époux.
Autre grand défis qui a mérité la réaction forte de la Conférence Episcopale, c’est le contrôle des naissances avec ce que cela amène sur la vie et la famille. Le Rwanda étant un petit pays, démographiquement dense jusqu’à 450 habitants au Km2, et avec toutes les misères que nous connaissons, la croissance démographique élevée a attiré bien l’attention des planificateurs mondiaux de la population, le gouvernement rwandais est certainement sous la pression de toutes les théories modernes et nocives sur la limitation des naissances. Notre Eglise, pour éviter la désorientation des familles chrétiennes, a créé un service dit « Action Familiale » dont le rôle peut être résumé comme appréciation de la vie comme un don de Dieu, accompagnement de la famille comme couple homme et femme, favoriser le contrôle des naissances en utilisant les méthodes naturelles. Chaque Diocèse a un service d’Action Familiale qui promeut l’harmonie familiale, l’appréciation de la vie comme un don de Dieu et le contrôle des naissances en utilisant les méthodes naturelles. Alors qu’au début le Ministère de la Santé, qui est chargé des contrôles des naissances, voyez notre « Action Familiale » comme un frein à la réalisation du plan de contrôle des naissances, mais avec la nouvelle convention entre le Ministère de la santé et l’Eglise Catholique, il a reconnu la valeur de l’Action Familiale avec la promotion des méthodes naturelles de contrôle des naissances comme initiative Catholique dont il faut reconnaà®tre et respecter; même s’il ne semble pas le soutenir du moins, il le tolère.
La prolifération des confessions chrétiennes de type évangélique est un véritable défi à l’harmonie chrétienne familiale, surtout chez les jeunes en quête de fondation de famille. Ici se pose la question de mariage mixte. La pastorale habituelle appliquée au mariage mixte o๠l’Eglise Catholique accepte ce mariage en imposant des conditions que les autres confessions n’acceptent pas. C’est regrettable de voir que nos filles, entre leur confession chrétienne catholique et le mari, elles choisissent le mari. Nous attendons de ce synode sur la famille de nouvelles lumières sur la gestion pastorale des mariages mixtes, surtout sur la célébration du mariage religieux qui peut laisser la partie catholique continuer ses pratiques religieuses sans devoir y contraindre son conjoint.
La promotion féminine au Rwanda a pris un relief remarquable o๠la femme est bien positionnée dans les instances de prises de décisions sur tous les niveaux. La femme rwandaise, c’est la politique générale du pays, ne veut plus être confinée à l’intérieur du foyer, elle est sortie et devient compétitive sur le lieu du travail, du pouvoir et des études. Cette orientation rapide et bonne en soi, n’est pas sans défi. Traditionnellement au Rwanda, l’encadrement et le suivi des enfants revient à la mère au foyer. Comment concilier son rôle inaliénable de mère de famille et son entrée en compétition sur les fora du pouvoir et du travail ? Nous désirons qu’il y ait des différentes associations chrétiennes des femmes et des jeunes pour réfléchir sur l’équilibre à trouver entre la promotion féminine et la responsabilité maternelle de la femme rwandaise.

Pour promouvoir une évangélisation adéquate dans un pays qui a connu les traumas du génocide et de la guerre, il faut repartir de la famille. Au Rwanda comme partout ailleurs dans le monde, la famille et sa mission éducatrice subit la pression mondiale qui banalise la famille. Au Rwanda nous assistons impuissamment à des divorces fréquentes, même des jeunes couples, des enfants abandonnés entre les mains de leur maman parce que le papa est parti pour une autre épouse, les filles-mères que l’Eglise accueille parce que elles, au moins, n’ont pas choisi la voie désespérante de l’avortement. Toute cette situation demande une créativité pastorale pour redonner de l’espérance à ces personnes souffrantes des situations dont souvent elles subissent injustement. Comment l’Eglise peut-elle créer un cadre de pastorale rassurant de la compréhension et manifester pour eux la miséricorde divine ? Notre attente pour le synode ici présent, et cela en vue de l’Evangélisation nouvelle, est que nous sachions qu’il est temps de comprendre davantage la mission de la famille dans l’Eglise comme le disait déjà le Pape Jean Paul II; « C’est au sein de la famille que les parents sont par la parole et par l’exemple pour leurs enfants les premiers hérauts de la foi. C’est ici que s’exerce de façon privilégiée le sacerdoce baptismal du Père de famille, de la mère des enfants, de tous les membres de la famille, par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâce, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective. Le foyer est aussi la première école de vie chrétienne et une école d’enrichissement humain » (E A n° 92).
Nous concluons en rassurant nos auditeurs que la famille nous préoccupe devant les multiples défis du monde actuel. La famille rwandaise tout en étant pas ce qu’elle était traditionnellement, elle garde sa place de choix dans l’édification de l’Eglise et de la Nation. Nous avons l’avantage que l’Etat rwandais partage et apprécie les valeurs de la famille dont l’Eglise se porte défenseur et nous sommes convaincus qu’en développant une collaboration étroite entre les diverses confessions chrétiennes, la famille au Rwanda peut être une véritable école de l’Evangélisation.

Je vous remercie.

+ Smaragde MBONYINTEGE
 


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